Je sais, je sais, j'ai failli commettre un péché mortel et maintenant je me sens irréparablement orpheline: Vango m'a abandonnée, maintenant il est sur l'île de Salina avec Ethel, et moi? Combien de temps faudra-t-il que j’attends? Un an? Plus que ça?
Jamais, je répète, JAMAIS lire le premier tome d'un roman de Timothée de Fombelle sans que le deuxième n'aie déjà été publié: le risque est de rester agonisants, dans l'impatience de savoir ce qui se passera et vous n'aurez autre choix qu'attendre. Relire le premier volume ne vous soulagera pas, bien au contraire: cela augmentera ultérieurement cette soif de découverte qui vous dévore déjà abondamment.
Quoi faire alors? Bon je me défoule en écrivant un post sur ce beau roman, fruit de la plume magique du même auteur de Tobie Lolness *, et composé justement de deux volumes: Vango, entre ciel et Terre et Vango, un prince sans royaume. Probablement le deuxième tome sortira en Italie l'année prochaine.
Vango, Timothée de Fombelle, illustration de couverture de Blexbolex**, Gallimard Jeunesse, Hors Série Littérature, 18-03-2010
Pour lecteurs à partir des 12 ans
Le roman est situé dans les années trente, dans une Europe à cheval entre les deux guerres, déjà amplement soumise par les régimes totalitaires que, dans quelques années, finiront par bouleverser les vies de millions de personnes. Mais pour Vango Romano, les problèmes menaçant sa jeune vie n'ont rien à voir avec ces événements dramatiques: le mystère qu'entoure ses origines sera la première source des malheurs qui le poursuivent dès son enfance lorsque, naufragé, il aborda sur l'île de Salina avec Mademoiselle, sa nourrice.
De Vango Romano, appelé aussi L'Oiseau par ses persécuteurs, nous ne savons presque rien sauf qu'il a toujours sur soi un foulard en soie bleue avec l'écriture "Combien de Royaumes nous ignorent" et un V brodé en or, qu'il aime les hirondelles, qu'il est capable de grimper sans fatigue même dans les lieux les plus inaccessibles et que, faute la police qui l'ensuit pour avoir assassiné un homme et quelqu'un qui lui tire dessus, il aurait pris les vœux. Nous savons aussi que Mademoiselle l'a élevé et aimé comme un fils, et qu'elle l'a toujours protégé de son même passé.
Autour de Vango tournent des personnages historiques comme Hugo Eckener, le capitaine du Graf Zeppelin, et personnages inventés comme Zefiro, le moine en chef du couvent secret se l'île d'Arkudak (Alicudi) ou comme la Taupe, une jeune fille juive de bonne famille qui partage avec Vango l'indépendance et le goût pour les nuits en plein air sur les toits de Paris. Et puis il y a Ethel, Ecossaise, riche, jeune et profondément amoureuse de Vango. Pour terminer il y a ses ennemis, terribles, impitoyables, un pour tous: Staline! Oui, sans blague: le tyran soviétique en personne.
A ce point, même trop facilement, ma tête s'en est partie vers la famille impériale des Romanov: du reste Vango Romano, le moment historique correspond aussi... Et pourtant, vers la fin du roman, ma théorie s'écroule comme un château de sable mal bâti!
Quoi dire, si non que De Fombelle a une habileté indéniable dans la construction d'intrigues compliqués et chargés de suspens? Les petites chevilles, éparpilles avec maîtrise le long du roman, ne restent que vaguement amorcées jusqu’au moment où l'auteur a choisi; a ce moment là, et seulement à ce moment, elles explosent dans toute leur évidence. L'écriture pressante et évocatrice t'enveloppe dans une soif de découverte qui ne t'abandonne pas, jusqu'au bout. L'auteur est incroyablement habile dans la création d'un climat de tension, en utilisant plusieurs techniques, en tissant avec maîtrise les fils du raconte, en coupant l'action au climax pour aller ailleurs, déplaçant l'attention sur des événements mineurs ou utilisant la technique du flash-back.
Enfin: un roman à ne pas perdre, vous n'en serez pas déçus!
De ce nouveau livre De Fombelle a dit: «J'ai mis dans ce roman tout ce qui compte pour moi : le souffle de l'aventure, la fragilité, la cruauté la beauté des existences. Je voulais une saga qui emporte le lecteur, mais qui laisse chez lui des traces.»
Pour ceux qui encore ne le connaissent pas, ou assez, et pour vous donner une idée de la réception du travail de De Fombelle, je vous mets de suite quelques reconnaissances qu'il a obtenues dans les dernières années:
Prix du Souffleur 2002
Prix Saint-Exupéry 2006
Prix Tam-Tam 2006
Prix Sorcières 2006
Grand Prix de l'Imaginaire 2007
Vous pouvez lire aussi quelques infos biographiques, et une brève interview, sur le site de l'Editeur Gallimard: http://www.gallimard-jeunesse.fr/3nav/contenu.php?page=contributeur&tri=titre_resume&num=1&id_contributeur=67631
A vous le choix maintenant: acheter le volume hic et nunc ou attendre la sortie du deuxième tome?
* L'histoire de Tobie Lolness sera bientôt transposée en pellicule. En effet, ces derniers mois, De Fombelle est en train de bosser sur le scénario du film, en réalisation prochainement aux Etats Unis.
** Blexbolex est le fantastique auteur et illustrateur de Saisons, livre merveilleux sorti en novembre dernier par les Editions Albin Michel Jeunesse.
vendredi 21 mai 2010
jeudi 13 mai 2010
AU SECOURS: Editions Être en danger!
Ce matin, en regardant sur le net (et plus précisément sur le Blog La Citrouille) je découvre avec stupeur la lettre que je vais, à mon tour, publier ici dessous. Tout ce qu'il fallait dire a déjà été écrit par M. Bruel, j'aide seulement ma prière personnelle de ne pas laisser tomber cet appel, chers lecteurs.
Invité à débattre sur le thème « Résister, à quel prix ? » lors de la journée professionnelle organisée le 7 mai 2010 par la Fête du Livre de Villeurbanne, j’ai d’emblée, à la demande de Gérard Picot qui venait de l’apprendre, annoncé publiquement l’arrêt prochain des éditions Être.
Éditer depuis plus de trente-cinq ans, sans capital, des albums jeunesse singuliers plutôt exigeants a toujours relevé de l’aventure. Et sans le soutien attentif de nombre des partenaires de la chaîne du livre, les lois du marché auraient eu raison plus tôt de cet équilibrisme.
En des temps qui ne sont faciles que pour quelques nantis, qu’un léger fléchissement de la vigilance professionnelle puisse nous être fatal a pourtant suscité l’émotion. J’ai été très touché, sur place et depuis, par les nombreux encouragements à tenir et par l’engagement de ceux qui ne pouvaient se résoudre à ce que la présence de nos livres dans le paysage éditorial aux côtés des lecteurs jeunes et moins jeunes, ne soit pas assurée. Que faire ?
Je ne peux que vous inciter, les uns et les autres, à vous précipiter dans vos librairies préférées pour vous procurer les albums d’Être éditions pendant qu’il en est encore temps. Si une vague d’achats ne garantit peut-être pas la poursuite de l’activité, elle assurera un destin à des livres qui considèrent les enfants comme des lecteurs à part entière méritant des points de vue non altérés sur le monde. Qu’ils puissent encore, ces albums, susciter de libres interprétations et la résistance à l’ordre des choses, je nous le souhaite. Et nous le devons aussi aux créateurs qui ont partagé le risque de ces aventures littéraires et humaines.
« Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience » écrit René Char.
Je vous remercie de la vôtre.
Et je n’ai pas sommeil…
Christian Bruel
10 mai 2010
contact@etre-editions.com
Être éditions
56, rue Ramus
75020 Paris
http://www.etre-editions.com/
Rejoignez le groupe de soutien à Christian Bruel sur facebook :
http://www.facebook.com/group.php?gid=120683554618391&v=wall " *
Je termine en répétant, comme d'habitude, que
*La lettre que je viens de publier a été reproduite avec la permission de M. Bruel.
"Le risque ou dormir
C’était l’anagramme de mon ancienne maison d’édition
Le Sourire qui mord
Invité à débattre sur le thème « Résister, à quel prix ? » lors de la journée professionnelle organisée le 7 mai 2010 par la Fête du Livre de Villeurbanne, j’ai d’emblée, à la demande de Gérard Picot qui venait de l’apprendre, annoncé publiquement l’arrêt prochain des éditions Être.
Éditer depuis plus de trente-cinq ans, sans capital, des albums jeunesse singuliers plutôt exigeants a toujours relevé de l’aventure. Et sans le soutien attentif de nombre des partenaires de la chaîne du livre, les lois du marché auraient eu raison plus tôt de cet équilibrisme.
En des temps qui ne sont faciles que pour quelques nantis, qu’un léger fléchissement de la vigilance professionnelle puisse nous être fatal a pourtant suscité l’émotion. J’ai été très touché, sur place et depuis, par les nombreux encouragements à tenir et par l’engagement de ceux qui ne pouvaient se résoudre à ce que la présence de nos livres dans le paysage éditorial aux côtés des lecteurs jeunes et moins jeunes, ne soit pas assurée. Que faire ?
Je ne peux que vous inciter, les uns et les autres, à vous précipiter dans vos librairies préférées pour vous procurer les albums d’Être éditions pendant qu’il en est encore temps. Si une vague d’achats ne garantit peut-être pas la poursuite de l’activité, elle assurera un destin à des livres qui considèrent les enfants comme des lecteurs à part entière méritant des points de vue non altérés sur le monde. Qu’ils puissent encore, ces albums, susciter de libres interprétations et la résistance à l’ordre des choses, je nous le souhaite. Et nous le devons aussi aux créateurs qui ont partagé le risque de ces aventures littéraires et humaines.
« Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience » écrit René Char.
Je vous remercie de la vôtre.
Et je n’ai pas sommeil…
Christian Bruel
10 mai 2010
contact@etre-editions.com
Être éditions
56, rue Ramus
75020 Paris
http://www.etre-editions.com/
Rejoignez le groupe de soutien à Christian Bruel sur facebook :
http://www.facebook.com/group.php?gid=120683554618391&v=wall " *
Je termine en répétant, comme d'habitude, que
la culture est liberté: défendons-la!
*La lettre que je viens de publier a été reproduite avec la permission de M. Bruel.
jeudi 22 avril 2010
Migrando - Orecchio Acerbo
A tous ceux qui pensent que les livres pour enfants doivent gazouiller gisement, soulager, entretenir, représenter un monde d'idylle, voici une réponse concrète
Migrando, de Mariana Chiesa Mateos, Orecchio Acerbo Editeur, mars 2010.
un album où les nouvelles de chronique mettent des images évocatrices et touchantes, où chacun de nous pourrait retrouver un petit fragment d'histoire familiale froissée par le temps. Un beau livre, un livre juste, sans mots, qui arrive jusqu'au nœud du problème de l'émigration sans offrir des solutions, ni donner des jugements, un livre où l'auteur se met à la place de ceux qui furent et qui sont encore en migration.
Je vous avais déjà parlé de cet album dans un autre post, à l'occasion de la Foire de Bologne, pourtant, vu sa portée, j'avais pensé plus sage de vous renvoyer à un moment plus tranquille, pour me donner l'occasion de vous en parler de manière plus approfondie.
J'ai réfléchi longuement à propos de la marque que je voulais donner à cet article, j'ai feuilleté le livre plusieurs fois. Comme d'habitude je l'ai abandonné pour quelques temps, afin de laisser que les émotions et les sensations que j'en avais éprouvé ne forment un sédiment, en attendant le bon moment pour passer à l'écriture. Et le bon moment est arrivé ce soir, tandis que j'étais sur mon balcon. Vous-vous demandez la raison pour laquelle je vous raconte de ce particulier si insignifiant? Car, lorsque j'étais sur mon balcon, je me suis souvenue d'un épisode singulier: il y a quelques temps j'étais en librairie, je feuilletais quelques livres quand je vois entrer un père avec sa petite fille, d'environ deux ans, jusqu'à là rien d'étrange, puis, soudain, en voyant un merveilleux objet exposé à la hauteur optimale, l'enfant se bloque, fatalement attirée elle arrache son père par les pantalons et crie: "papa, regadde le pappamondo*!".
Une fois évanouie l'inévitable sourire qu'encore aujourd'hui me provoque cet épisode, lorsque j'étais sur mon bacon, balai à la main, j'ai été frappée par la synthèse parfaite de cette phrase aux plusieurs, inconscientes, significations. C'est quoi, enfin, l'un des instincts qui guident chaque être vivant du premier instant de vie? La nourriture très probablement. Et alors voilà que le monde, à travers les exigences simples et pragmatiques d'un enfant aussi petit, devient un pappamondo*.
L'absence de nourriture, de bien-être en étendant l'idée de manière plus ample, est l'une des raisons d'actions différentes parmi lesquelles l'émigration aussi. Et voilà que l'on comprend ce regard, plein d'espoir et d'attentes qu’hier, comme aujourd'hui, mène autant de personnes à abandonner leur pays pour aller là où ils espèrent trouver une vie meilleure.

Ce regard au sourire triste, car abandonner sa maison n'est pas facile même si parfois il est inévitable, ce regard que semble nous dire que le passé est toujours actuel, que les nécessitées d'hier sont les mêmes d'aujourd'hui, que l'homme, enfin, ne change pas.
Loin de moi la volonté de banaliser un phénomène sociologiquement aussi complexe, comme l'émigration, n'en reconduisant les raisons à la seule nécessité de se nourrir: traiter un sujet pareil demanderait bien plus de temps et d'espace, avec des compétences que, franchement, je ne possède pas. Je suis en tout cas convaincue qu'essayer de comprendre les raisons de ceux qui arrivent dans nos pays n'est que le premier, timide, pas vers une intégration vraie et consciente. Je crois aussi que ce livre pourrait être un instrument parfait pour aider nos enfants à comprendre ce qui se passe autour d'eux.
Comme je vous le disais auparavant, cet album illustré est sans mots, ce que je ne vous ai pas dit c'est que Mariana Chiesa Mateos commença ce projet il y a presque deux ans: elle montra, à ceux qui devinrent ses éditeurs, un film qu'elle venait de tourner dans les mois précédents. De ce long film vint l'idée du livre que nous voyons aujourd'hui.
Comme beaucoup d'albums sans texte, Migrando aussi se remets à l'utilisation de l'image en séquence: en employant la technique du montage cinématographique. En petits fragments, Mariana Chiesa Mateos arrive à illustrer, avec maîtrise et sensibilité, l'histoire d'une jeune fille partant en voyage avec ses parents: nous n'avons aucune idée d'où elle ira et néanmoins si elle revenait, peut-être qu'elle est partie pour une vacance, nous savons seulement qu'elle est triste, qu'elle voudrait s'envoler sur les ailes d'un cygne et revenir d'où elle était venue

Quant à moi, j'espère simplement qu'ils peuvent trouver un accueil meilleur que celui qu'on voit chaque jour à la télé.
S'il est vrai que nous sommes un peuple d'émigrants, il est aussi vrai que dans les derniers cinquante ans nous nous sommes retranchés derrière nos petites richesses. Il est difficile de renoncer au bien-être, et pourtant, si seulement nous nous arrêtions un instant pour réfléchir, nous saurons sans faute qu'il n'y a aucune garantie de ce que le futur nous réserve, et si ce qui nous attend c'est d'être des émigrants à nouveau, alors peut-être nous pourrons bien nous demander: quel type d'accueil souhaiterons-nous recevoir?
* La traduction du terme italien Pappamondo n'est pas possible, la signification de pappa est bouillie, l'enfant avait donc mélange le mot mappemonde avec le mot pappa = nourriture, d'où le jeu de mots.
Copyright © texte et images de l'éditeur Orecchio Acerbo 2010. Les images ont été reproduites avec la permission de l'Editeur.
Migrando, de Mariana Chiesa Mateos, Orecchio Acerbo Editeur, mars 2010.
un album où les nouvelles de chronique mettent des images évocatrices et touchantes, où chacun de nous pourrait retrouver un petit fragment d'histoire familiale froissée par le temps. Un beau livre, un livre juste, sans mots, qui arrive jusqu'au nœud du problème de l'émigration sans offrir des solutions, ni donner des jugements, un livre où l'auteur se met à la place de ceux qui furent et qui sont encore en migration.
Je vous avais déjà parlé de cet album dans un autre post, à l'occasion de la Foire de Bologne, pourtant, vu sa portée, j'avais pensé plus sage de vous renvoyer à un moment plus tranquille, pour me donner l'occasion de vous en parler de manière plus approfondie.
J'ai réfléchi longuement à propos de la marque que je voulais donner à cet article, j'ai feuilleté le livre plusieurs fois. Comme d'habitude je l'ai abandonné pour quelques temps, afin de laisser que les émotions et les sensations que j'en avais éprouvé ne forment un sédiment, en attendant le bon moment pour passer à l'écriture. Et le bon moment est arrivé ce soir, tandis que j'étais sur mon balcon. Vous-vous demandez la raison pour laquelle je vous raconte de ce particulier si insignifiant? Car, lorsque j'étais sur mon balcon, je me suis souvenue d'un épisode singulier: il y a quelques temps j'étais en librairie, je feuilletais quelques livres quand je vois entrer un père avec sa petite fille, d'environ deux ans, jusqu'à là rien d'étrange, puis, soudain, en voyant un merveilleux objet exposé à la hauteur optimale, l'enfant se bloque, fatalement attirée elle arrache son père par les pantalons et crie: "papa, regadde le pappamondo*!".
Une fois évanouie l'inévitable sourire qu'encore aujourd'hui me provoque cet épisode, lorsque j'étais sur mon bacon, balai à la main, j'ai été frappée par la synthèse parfaite de cette phrase aux plusieurs, inconscientes, significations. C'est quoi, enfin, l'un des instincts qui guident chaque être vivant du premier instant de vie? La nourriture très probablement. Et alors voilà que le monde, à travers les exigences simples et pragmatiques d'un enfant aussi petit, devient un pappamondo*.
L'absence de nourriture, de bien-être en étendant l'idée de manière plus ample, est l'une des raisons d'actions différentes parmi lesquelles l'émigration aussi. Et voilà que l'on comprend ce regard, plein d'espoir et d'attentes qu’hier, comme aujourd'hui, mène autant de personnes à abandonner leur pays pour aller là où ils espèrent trouver une vie meilleure.

Ce regard au sourire triste, car abandonner sa maison n'est pas facile même si parfois il est inévitable, ce regard que semble nous dire que le passé est toujours actuel, que les nécessitées d'hier sont les mêmes d'aujourd'hui, que l'homme, enfin, ne change pas.
Loin de moi la volonté de banaliser un phénomène sociologiquement aussi complexe, comme l'émigration, n'en reconduisant les raisons à la seule nécessité de se nourrir: traiter un sujet pareil demanderait bien plus de temps et d'espace, avec des compétences que, franchement, je ne possède pas. Je suis en tout cas convaincue qu'essayer de comprendre les raisons de ceux qui arrivent dans nos pays n'est que le premier, timide, pas vers une intégration vraie et consciente. Je crois aussi que ce livre pourrait être un instrument parfait pour aider nos enfants à comprendre ce qui se passe autour d'eux.
Comme je vous le disais auparavant, cet album illustré est sans mots, ce que je ne vous ai pas dit c'est que Mariana Chiesa Mateos commença ce projet il y a presque deux ans: elle montra, à ceux qui devinrent ses éditeurs, un film qu'elle venait de tourner dans les mois précédents. De ce long film vint l'idée du livre que nous voyons aujourd'hui.
Comme beaucoup d'albums sans texte, Migrando aussi se remets à l'utilisation de l'image en séquence: en employant la technique du montage cinématographique. En petits fragments, Mariana Chiesa Mateos arrive à illustrer, avec maîtrise et sensibilité, l'histoire d'une jeune fille partant en voyage avec ses parents: nous n'avons aucune idée d'où elle ira et néanmoins si elle revenait, peut-être qu'elle est partie pour une vacance, nous savons seulement qu'elle est triste, qu'elle voudrait s'envoler sur les ailes d'un cygne et revenir d'où elle était venue

elle voudrait rentrer pour voir quelqu'un qu'elle a laissé, peut-être une grande-mère, et l'écouter encore raconter de comment autrefois les gens, à cause de la guerre, avaient abandonné leur pays pour aller recommencer une vie autre part. Avec elles nous voyons les combats dans les bois et les soldats qui meurent, tandis que les oiseaux effrayés par les détonations s'enfuient, nous voyons les grands navires arriver et repartir pleins de leur fret humain, nous les voyons traverser l'océan et déposer les personnes de l'autre côté. Nous les observons, ces émigrés chargés d'espoirs et de peu de choses, ils sont prêts à se lancer vers le futur, à bâtir une maison, à commencer une nouvelle existence, tous ensemble. Nous voyons leurs yeux intenses, les foulards sur les cheveux, les enfants enveloppés dans les couvertures comme des petites chrysalides. Nous les voyons marcher avec confiance vers leur futur et nous espérons avec eux.
Puis, dans une rencontre qui parait un enlacement, la première partie du livre termine pour laisser sa place au présent: nous tournons le livre pour rencontrer à nouveau la jeune fille grandie, nous la voyons embrasser fort ses chers et partir. Encore une fois nous ne savons pas où elle ira, ni pour combien de temps, nous savons simplement qu'elle est triste car elle abandonne ceux qu'elle aime. Nous savons qu'elle ira loin cette fois, car nous la voyons monter sur un avion. Dans cette dimension indéterminée qu'est l'espace observé par un hublot, où tout est en même temps immensément petit et immensément grand, la jeune femme voyage solitaire, perdue dans ses pensées. Et pourtant le monde, en bas, offre un nouveau spectacle à observer: des navires apparaissent à nouveau, non, c'est des bateaux, petits, noirs, bondés de gens;
un peu plus loin des touristes, insouciants, sont détendus sur la plage. Quelqu'un finalement voit les bateaux et cour au secours de ceux qui se lancent dans la mer. Mais cette fois il y aura la police à accueillir les naufragés une fois qu'ils arrivent sur la plage, une maman couvre les yeux de son enfant pour qu'il ne voie pas, d'autres restent impassibles sur leurs matelas ensoleillés. Les nouveaux immigrés sont accueillis par des camps cloutrés par du fil barbelé, des lieux d'où ils désirent s'échapper pour poursuivre la liberté dont ils rêvaient. Nous ne connaissons pas leurs destins, enfin, il s'agit d'une histoire qui s'écoule sous nos yeux, jour après jour.
S'il est vrai que nous sommes un peuple d'émigrants, il est aussi vrai que dans les derniers cinquante ans nous nous sommes retranchés derrière nos petites richesses. Il est difficile de renoncer au bien-être, et pourtant, si seulement nous nous arrêtions un instant pour réfléchir, nous saurons sans faute qu'il n'y a aucune garantie de ce que le futur nous réserve, et si ce qui nous attend c'est d'être des émigrants à nouveau, alors peut-être nous pourrons bien nous demander: quel type d'accueil souhaiterons-nous recevoir?
* La traduction du terme italien Pappamondo n'est pas possible, la signification de pappa est bouillie, l'enfant avait donc mélange le mot mappemonde avec le mot pappa = nourriture, d'où le jeu de mots.
Copyright © texte et images de l'éditeur Orecchio Acerbo 2010. Les images ont été reproduites avec la permission de l'Editeur.
samedi 3 avril 2010
Le Salon du livre et de la Presse Jeunesse EST EN DANGER!
Je vous écris quelques mots relativement à des événements importants: le Salon de Montreuil, et par conséquence toutes les activités corrélatives, et l'Association Livres au Trésor sont en grave danger.
Le plus important bailleur de fonds du Salon, c'est-à-dire le Département 93 Seine-Saint-Denis, a décidé de couper brutalement les fonds destines à cette importante réalité liée à la littérature juvénile. Semblablement, de manière assez brutale, le même processus s'est passé pour les Livres au Trésor.
Triste de le devoir admettre mais, si cela se passait en Italie, nous n'en serons pas trop surpris. Ce que je trouve très préoccupant c'est que ce triste signal nous arrive de France, le pays où il y a toujours eu une importante politique culturelle, en défense des petits éditeurs et de la variété expressive et culturelle.
Ces événements, je crains, pourront avoir des répercussions dans d'autres pays aussi, être pris comme exemple "politique" (même en ayant rien d'exemplaire), comme le signal d'une volonté d'uniformiser l'expression culturelle en la confiant entièrement dans les mains des grandes (numériquement) maisons d'édition.
Je vous prie de vouloir signer la pétition, même si cela n'a rien à voir avec votre pays car, comme je dis d'habitude:
la culture est liberté: défendons-la!
Pour soutenir les Livres au Trésor: http://soutienlivresautresor.over-blog.com/
La pétition pour le Salon: http://www.salon-livre-presse-jeunesse.net/petition/
jeudi 25 mars 2010
Le Prix "Bologna Children's Book Fair - Fundaciòn SM International Prize for Illustration"
La Foire n'arrête pas de donner émotions et surprises.
Le gagnant du Bologna Children's Book Fair - Fundaciòn SM International Prize for Illustration pour l'année 2010 est
Ses livres ont été publiés par Zoolibri. À Philip Giordano la commission des juges a reconnu un talent réunissant, dans l'acte artistique, la culture et la connaissance du passe avec une raffinée vision du présent. Nonobstant son jeune âge, il est né en 1980, et sa timidité, Philip Giordano a toute l'épaisseur d'un artiste bien en ligne avec son imaginaire.
Le gagnant du Bologna Children's Book Fair - Fundaciòn SM International Prize for Illustration pour l'année 2010 est
Philip Giordano
Pour Zoolibri, Giordano a déjà publié trois albums illustrés: Mamma chi sono io? (2006), L’isola del piccolo mostro nero-nero (2008), Chissadove (2009).
Pour plus de renseignements, vous pouvez visiter ce link: http://www.zoolibri.com/content/index.php?/autori/giordanophilip/
Ou son blog: http://www.philip-giordano-pilipo.com/
Ars in Fabula - Master in Mostra
Dans le programme des événements Bolibri, cet après-midi à 18,30, chez Baracca-Testoni Ragazzi, il y aura le vernissage de l'exposition titrée
100 racconti, 100 immagini - ARS IN FABULA, il master in mostra
organisation Ars in Fabula, Master d'Illustration pour l'Édition, Fabbrica delle Favole, de Macerata.
Il s'agit d'une exposition où les ouvrages des illustrateurs licenciés du master ont étés collectés. Parmi ces illustrateurs certains ont déjà obtenu d'importantes reconnaissances concrétisées dans les premières publications, comme dans le cas de Sara Gavioli (une de ses œuvres reproduite en bas) qui a illustré le texte “La governante” d'Edouard Osmont pour la maison d'Édition Orecchio Acerbo , et de Marco Lafirenza qu'avec Rizzoli a publié “Io credo agli unicorni” de Morpurgo mais aussi avec d'autres importants témoignages d'appréciation. Par exemple, Laura Paoletti a été sélectionnée dans la manifestation “Grammatica delle figure”*, dédiée à Gianni Rodari, et organisée par la Foire du Livre de Bologna. L'image que vous verrez en exposition est tirée de l'histoire “Lo spazzacamino”**, une comptine écrite par Rodari dans le recueil "Filastrocche in cielo e in terra".
En ouverture du vernissage quelques mots de Walter Fochesato, fameux illustrateur et parrain du Master.
Pour plus de renseignements relativement à Ars in Fabula, aux programmes du master et aux cours d'été de Fabbrica delle Favole, vous pouvez consulter le site: http://www.fabbricadellefavole.com/
Illustration publiée avec la permission d'Ars in Fabula, Fabbrica delle Favole. All rights reserved.
* "Grammaire des images" titre évidemment inspire par la Grammaire de l'imagination écrite par Rodari en 1973.
** "Le ramoneur".
100 racconti, 100 immagini - ARS IN FABULA, il master in mostra
organisation Ars in Fabula, Master d'Illustration pour l'Édition, Fabbrica delle Favole, de Macerata.
Il s'agit d'une exposition où les ouvrages des illustrateurs licenciés du master ont étés collectés. Parmi ces illustrateurs certains ont déjà obtenu d'importantes reconnaissances concrétisées dans les premières publications, comme dans le cas de Sara Gavioli (une de ses œuvres reproduite en bas) qui a illustré le texte “La governante” d'Edouard Osmont pour la maison d'Édition Orecchio Acerbo , et de Marco Lafirenza qu'avec Rizzoli a publié “Io credo agli unicorni” de Morpurgo mais aussi avec d'autres importants témoignages d'appréciation. Par exemple, Laura Paoletti a été sélectionnée dans la manifestation “Grammatica delle figure”*, dédiée à Gianni Rodari, et organisée par la Foire du Livre de Bologna. L'image que vous verrez en exposition est tirée de l'histoire “Lo spazzacamino”**, une comptine écrite par Rodari dans le recueil "Filastrocche in cielo e in terra".
En ouverture du vernissage quelques mots de Walter Fochesato, fameux illustrateur et parrain du Master.
Pour plus de renseignements relativement à Ars in Fabula, aux programmes du master et aux cours d'été de Fabbrica delle Favole, vous pouvez consulter le site: http://www.fabbricadellefavole.com/
Illustration publiée avec la permission d'Ars in Fabula, Fabbrica delle Favole. All rights reserved.
* "Grammaire des images" titre évidemment inspire par la Grammaire de l'imagination écrite par Rodari en 1973.
** "Le ramoneur".
mercredi 24 mars 2010
Hans Christian Ansersen Award 2010 - Vainqueurs
Un autre post, très bref, pour annoncer les vainqueurs du Prix International
Hans Christian Andersen pour 2010
Pour la catégorie Écrivains: David Almond
Les écrivains en lice étaient: Ahmad Reza Ahmadi, d'Iran; David Almond, de Grande Bretagne; Bartolomeu Campos de Queiros du Brésil; Lennart Hellsing deSuède et Louis Jensen de Danemark.
Pour la catégorie Illustrateurs: Jutta Bauer
Les illustrateurs en lice etaient: Jutta Bauer, d'Allemagne; Carll Cneut, de Belgique; Etienne Delessert, de Suisse; Svjetlan Junakovic, de Croatie et Roger Mello du Brésil.
Quelques mots sur les vainqueurs
David Almond, né à Newcastle upon Tyne en 1951, écris son premier roman "Skelling" en 1998. Avant de recevoir le Prix Hans Christian Andersen, Almond avait déjà obtenu d'importants prix littéraires, comme le Whitbread Children's Novel of the Year Award, pour The Fire Eaters, et la Carnegie Medal.: http://www.davidalmond.com/
Parmie ses livres je cite: Kit's Wilderness (1999), Occhi di Cielo (2000), Secret Heart (2001), Clay (2005), Jackdaw Summer (2008) et The Savage (2008), entre autre Almond s'est mis à l'épreuve aussi avec un texte de théâtre titre Wild Girl, Wild Boy.
Les sujets recourants dans ses œuvres sont les contrastes vie/mort, éducation, nature, avec un œil très attentif et sensible envers l'adolescence.
Voici son site web
Jutta Bauer, née à Hambourg en 1955, elle est entre les illustrateurs et les créateurs de BD les plus connues. Elle prit son diplôme au Technical College of Design d'Ambourg, elle travailla d'abord pour un magasin féminin pour aboutir finalement au monde de l'illustration. Son album illustré titré Schreimutter lui vaut le Prix Deutscher Jugendliteraturpreis (German Youth Literature Award), en 2001.
Parmi ses livres je vous signale:
Ein Engel trägt meinen Hinkelstein
Schreimutter
Opas Engel
Die Königin der Farben
Abends, wenn ich schlafen geh
Ich sitze hier im Abendlicht
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