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mardi 23 mars 2010

"Migrando" et "L'Ombra e Il Bagliore" - Orecchio Acerbo

Je vous transmets quelques nouvelles en directe de la Foire du Livre Jeunesse de Bologna. J'ai crée expressément cette section "Extra-wire news", afin de donner des nouvelles brèves mais de particulier intérêt.

Je commence par la présentation d'un album illustré et d'un conte de Jack London, tous les deux signés Orecchio Acerbo.

"Migrando" est le nouvel album illustré par Mariana Chiesa Mateos, Orecchio Acerbo Éditeur, mars 2010.

Cet album a été présenté jusque ce matin, en foire, par les éditeurs, l'auteur et par Amnesty International qui a accueilli et soutenu la publication du texte avec un grand intérêt.

Migrando est un album sans mot, magnifique, à double lecture car ce sont deux réalités de migration qui se confrontent et se rencontrent: l'une dont nos livres d'histoire sont pleins, l'autre plus moderne et plus dramatiquement proche. La double lecture de cet album consiste aussi d'un geste physique du lecteur lequel, pour passer de la première à la deuxième partie, doit tourner le livre. Comme M. Tonucci, l'éditeur, le faisait justement noter en conférence, cette rotation permet au lecteur de percevoir clairement un changement de perspective, comme à faciliter le passage d'une opinion à autre qui pourrait ne pas nécessairement coïncider avec la nôtre.

Ici une analyse plus détaillée, dans la section Guerre et Alentours.


Le deuxième texte que je vous propose est

"L'Ombra e il Bagliore", texte de Jack London, illustrations de Fabian Negrin, traduction par Giorgia Grilli, Orecchio Acerbo Éditeur, février 2010 - avec les conclusions de Goffredo Fofi

L'Ombra e il Bagliore est un conte complexe, écrit par London dans une époque tardive en rapport à l'entièreté de sa production - comme le disait Goffredo Fofi pendant la présentation. Il s'agit d'un texte "obscur" dans le vrai sens du terme, car entièrement joué sur les idées d'ombre et de lumière : les deux protagonistes, Paul et Lloyd, vivent un antagonisme qui les poussera vers un crescendo de défis intellectuels, jusqu'à l'inévitable explosion finale. L'un des deux cherche de créer le noir absolu, l'autre poursuit la transparence totale, les deux visés à trouver l'invisibilité parfaite dans un défi au dernier sang.
Les efforts graphiques et d'illustration derrière cet œuvre sont impressionnants: l'on passe de l'utilisation de coupures reproduisant les coups de brosse, à l'utilisation d'acétates, de papier de soie, jusqu'à donner des coupures particulières aux pages, toujours cachant et jouant avec le double.

À noter la couverture, reprenant la dernière image du livre, la où le concept du texte est remporté avec une synthèse parfaite. Un livre cher, qui vaut chaque centime. À ne pas manquer.

Pour le moment c'est tout, à très bientôt!

lundi 22 mars 2010

La Coda Canterina - Topipittori


"La coda canterina", texte de Guia Risari, illustrations de Violeta Lopiz, Editeur Topipittori, mars 2010.






Essayons de penser à tous les types de queues que nous connaissons: la queue du chien, toujours prête à remuer; la queue de la vache, que parfois a un drôle de touffe au fond; la queue somptueuse et noble du cheval; la queue du castor, plate et rondie comme un aviron; la queue agile de l'écureuil, toujours parfaitement coiffée; la queue du lion, avec sa petite crinière au sommet; la queue du chat, qui se gonfle comme un nouage prêt à exploser de pluie quand le chat est en colère.

Eh bien, pour autant de queues dont vous pouvez vous souvenir, aucune, mais vraiment aucune ne pourra jamais être comme celle-ci.


Pourquoi? Il y a au moins trois bonnes raisons: la première est que cette queue appartient à un enfant; la deuxième est dans sa longueur qui correspond à la circonférence de la terre; la troisième est que cette queue chante avec une voix céleste, elle chante si bien qu'elle charmerait tout le monde, vous aussi!

Mais procédons en ordre: une belle matinée un enfant se réveille mais il n'est plus tout seul, il se retrouve avec une queue, sa queue. Le soir précédent elle n'y était pas et maintenant la viola, bien ferme à sa place. D'abord l'enfant essaie de la cacher, sans trop de succès, il cherche alors de la noyer dans la baignoire mais cette tentative non plus n'a aucun succès. La queue commence à produire du bruit, autant de bruit que les parents de l'enfant s'en aperçoivent, ils font irruption dans la salle de bains et découvrent le secret. Parbleu, une queue! Bien pire: une queue qui chante! Une queue impertinente qui n'obéit pas aux ordres de maman et de papa.

Que dire? Une situation horrible, gênante, bouleversante.

Si vous habitiez "in un paese minuscolo, così piccolo che il nome era più grande del paese"*, alors vous sauriez bien qu'on ne peut pas garder des secrets pour très longtemps. Il vaut mieux ne pas affronter les problèmes tout seuls et impliquer les autres aussi, qui sait si jamais personne ne trouve une solution à ce problème.

Aucun habitant ne voit la queue comme une malformation, ils la voient plutôt comme un inconvénient dont il faut se débarrasser: c'est un problème qui nécessite d'une solution qu'il faut trouver tous ensemble, sur le papier. C'est ainsi que, quand quelqu'un suggère de tirer la queue, tous les habitants du village se mettent à l’œuvre.


C'est un album amusant, surréel, qui se dénoue (c'est bien le cas d'utiliser ce terme) autour d'un protagoniste assez inusuel comme une queue qui chante des vieilles chansons russes. Ce livre a une saveur ancienne sous un certain égard: en partant de la cantilène chantée par la queue, pour terminer avec le village tout petit, où tout le monde se connaît et s'aide. Il est en partie aussi vaguement rural, pour ce sens de communauté aussi fort qui me fait penser aux grandes maisons paysannes du début du vingtième siècle. Et pourtant rien ne nous confirme si cela est vrai, car c'est en même temps une histoire parfaitement moderne.

Guia Risari mesure parfaitement des petites traces de magie, avec une dose de sourire amusé et ironique, mélangées à la réalité plus concrète du pays minuscule peint dans ses dynamiques typiques. Un beau texte, pressant, avec un langage élégant. Charmantes les illustrations de Violeta Lopiz, toutes jouées sur un chromatisme simple (blanc, noir, nuances de gris et rouge) et une technique mixte. Ses personnages bien caractérisés et reconnaissables accompagnent l'histoire soulignant le crescendo de l'urgence, marqué aussi par le rythme du texte. Très belle la table où les parents de l'enfant, après avoir découvert la queue, sont peints en premier plan.

Un beau voyage: celui des habitants du village qui tirent et tirent, jusqu'à faire le tour du monde, et le nôtre que page après page découvrons ce qui ne se voit pas.



Copyright© texte et images de Topipittori 2010. Les images ont été publiées avec la permission de l'Editeur.

*"dans un village minuscule, aussi petit que son nom était plus grand que le pays lui-même"

samedi 20 mars 2010

Bologna Children's Book Fair - Foire du Livre pour Enfants de Bologne (23-26 mars 2010)



J'aime la Foire de Bologna! Pourquoi, vous demanderez-vous? Enfin ce n'est qu'une foire où l'on fait du business, une foire où l'on vend et l'on achète des droits, où les affaires sont fondamentales pour ceux qui louent un espace, comme toute autre foire au monde.

Et pourtant, une fois par an, les murs gris de la foire changent de DNA: leur structure semble plus légère et sinueuse, les espaces plus grands et beaux car - une fois par an - la foire devient le cœur palpitant de l'édition jeunesse et le monde a une saveur différente.

Ceux qui pensent que cette foire n'est que du business pur commettent une erreur dictée d'une grande superficialité, il suffit de regarder le programme pour comprendre combien de travail et de passion nécessitent pour faire autant. Près des affaires cohabitent des séminaires, des rencontres, des événements, des échanges intellectuels qui suffiraient à donner assez d'énergie pour le reste de l'année. Certes, il faut être vraiment intéressés pour participer à ce que la foire offre c'est, peut-être, l'une des raisons pour laquelle la foire n'est pas ouverte au public. Ce n'est certainement pas un lieu où amener les enfants pour le goûter, où aller pour simple amusement: elle sert plutôt les enseignants, les auteurs, les illustrateurs, les préposés du secteur enfin.

Ceux qui pensent arriver en foire avec le carnet de chèques prêt et le portefeuille plein d'espoir, seront emportés par une onde d'art en évolution continue, ils seront projetés dans un imaginaire toujours renouvelé, ils retrouveront des souvenirs, des sensations, des saveurs oubliés.

Je parle d'Art, oui, dans ses formes les plus élevées.

Je parle à vous, messieurs, à vous qui regardez au monde de littérature juvénile d'un air snob, à vous qui tordez vos nobles nez en signe de compassion! À ceux qui pensent que pour illustrer un livre pour enfant il suffit de simplifier les formes, d'utiliser des couleurs primaires, d'adoucir les idées, je ne dis que ceci: ouvrez vos yeux, que de ce monde arrivent des artistes qui n'ont rien à craindre d'une comparaison avec ceux qui pensent être les seuls représentants de l'art vraie, élevée, qui regardent le monde du haut de leurs belles tours d'ivoire. Ces artistes ont plein à enseigner, car leur action est libre de freins mentaux, leur approche à la vision des choses est absolument franc, ironique, désuet, désenchante parfois, et dur: un regard où le douceâtre n'a aucun espace. Un exemple pour tous? Pensez à la version de l'histoire d'Hänsel et Gretel de Mattotti... n'est ce pas que de l'art pur?

Je parle à vous, à vous qui croyez qu'écrire un livre pour enfants est simple: alors allez-y, faites une tentative. Après vous pourrez me dire comment il a été facile de se dépouiller des superstructures mentales dont nous allons habillés, pour mettre des linges plus simples sans être banales, sans utiliser ce ton mielleux et écœurant qu'ennuie les enfants encore plus que les adultes. Cherchez de maintenir vive l'attention des jeunes lecteurs, lorsque ils sont prêts à détourner le regard du livre car tout au tour il y a un monde à découvrir.

Ceux qui ont lu Bianca Pitzorno, Angela Nanetti, Roberto Piumini, Rebecca Stead, Timothée de Fombelle, pour n'en mentionner que quelques uns, savent bien qu'ils n'ont rien à envier à Barricco, à Stefano Benni, à Ammaniti, à Stephen King (et la liste serait bien plus nourrie dans ce cas aussi)... Il pourrait bien être vrai le contraire. Je vous pose une question: comment se passe-t-il que les plus grands écrivains depuis toujours, au moins une fois dans leur vies, ont écrit un livre pour enfants? Et je ne pense pas seulement à  Dickens, je pense à Moravia par exemple, à Umberto Eco, à Elsa Morante, à Jean Giono, Herman Hesse, Nazim Hikmet, Mordecai Richler, Eric Emmanuel Schmitt, et beaucoup d'autres encore.

Après cette chaleureuse invective, je crois vous comprendrez mieux le vent de passion qui anime la foire de Bologne et les pics qu'elle arriva à toucher.

Certes, à côté des livres d'art il y a aussi des produits pauvres, ceux qu'ont été créés pour vendre et non nécessairement pour élever, pourtant la culture y est bien présente et bien représentée et cela me parait important, surtout aujourd'hui, surtout dans ce pays autrefois berceau de la littérature devenu décharge d'évidences et d'ignorance, dans le pays d'Europe ayant le record le plus décourageant en matière de livres lus dans un an.

Je ne finirai jamais de le répéter: la culture est liberté, défendons-la!


P.S. P.S. Je reçois jusque maintenant le newsletter de l'Éditeur Orecchio Acerbo, où je trouve un petit article titré: "I libri che stanno facendo tremare Geronimo Stilton"*, une très bonne nouvelle avec laquelle terminer mon post!


*"Les livres qui font peur à Geronimo Stilton"

lundi 8 mars 2010

Deux albums illustrés de Sarbacane

Aujourd'hui je vous parle de deux albums illustrés parus chez Sarbacane respectivement en janvier et février: "Coline" et "L'étrange projet de Monsieur G.".



Coline, texte d'Alex Cousseau, illustrations de Chiaki Mijamoto, Editions Sarbacane, janvier 2009


Coline est une histoire d'amitié entre l'hirondelle, Coline, et Youyou, la tortue.

Les deux sont inséparables, elles jouent heureuses à cachette sur la plage, mais l'automne plane sur elles et Coline sent de plus en plus un fort l'instinct à abandonner le pays pour migrer vers le sud. Youyou se sent désolée, elle ne supporte pas l'idée de perdre son amie, même si elle sait qu'un jour l'hirondelle reviendra.

Quoi faire alors? Peut-être elle pourrait prendre un petit souvenir de son amie pour se chauffer le cœur dans les froides journées d'hiver? Une petite plume, avec son odeur, est ce que cela pourrait marcher? Suffirait-il une seule plume? Peut-être que deux sont mieux qu'une seule... Aveuglée par le désir de garder son amie auprès d'elle, Youyou ne comprends pas entièrement ce qu'elle est en train de faire: pauvre Coline, qui était si heureuse pour le prochain départ, se retrouvera rapidement déplumée et elle ne pourra plus partir comme prévu. Pourquoi, pourquoi ma plus chère amie m'a-t-elle fait ça? Se demandera-t-elle. A Youyou de trouver une solution pour remédier aux dommages qu'elle a provoqués et, peut-être, aussi la manière de ne pas se séparer de son amie autant aimée.


La force du sentiment d'amitié et la tristesse pour l'abandon sont les deux thèmes principaux de cet album illustré pour les plus petits. Le sens de possession de Youyou ne lui permet pas de comprendre tout de suite le mal qu'elle fait à son amie et, peut-être, dans chaque relation d'amitié il y a un moment pareil, quand on est adulte aussi.

Cette histoire douce et mélancolique nous apprend qu'il ne faut pas penser qu'à nous-mêmes, à nos sentiments, mais qu'il faut penser à ceux que nous aimons, pour les protéger de nos égoïsmes, grands ou petits. Et si nous nous trompons, il faut trouver un remède, avec les moyens à notre disposition et avec le cœur pur.

Comme je viens de dire c'est une leçon convenable à tout age, car l'amitié est très probablement le sentiment le plus pur qu'il y a, car elle ne naît pas de liens de parenté, ni d'autre élan n'étant que de l'amour désintéresse.

Ce petit album, plein de poésie, est le résultat de la collaboration entre deus artistes relativement nouveaux au monde de la littétature jeunesse mais déjà tout à fait accrédites. Alex Cousseau, commence sa carrière en 2004, il a publie pour l'Ecole des Loisirs, pour le Rouergue il a écrit des romans destinés aux enfants et aux adolescents, et maintenant il y a ce nouvel album pour Sarbacane. En Italie il a été publié par la maison d'édition Topipittori.    Chiaki Miyamoto, originaire d'Osaka, vit en France depuis 2000, en 2003 elle reçoit son diplôme auprès de l'école d'Emile Cohl à Lyon où elle vit encore à présent: elle a publié plusieurs albums illustrés avec Gallimard Jeunesse, Belem, Nathan et Milan.

De cet album j'ai admiré la délicatesse d'esprit et la sensibilité de tous deux, auteur et illustrateur, aux prises avec un thème comme e celui de l'amitié, leur manière de toucher les raisons les plus profondes qui nous mènent à nous porter mal parfois, mais aussi la manière fine qu'ils ont eu de souligner l'importance d'ouvrir ment et cœur, dans l'effort de comprendre les raisons d'autrui. Les illustrations, dans leur simplicité essentielle, rentrent dans l'histoire d'un pas léger, pour gagner le lecteur avec des lignes sobres et délicates et les couleurs vives.

Approprié à partir de trois ans d'âge.







L'étrange projet de monsieur G., texte et illustrations de Gustavo Roldan, traduction de l'espagnol de Jacques Fuentealba, Editions Sarbacane, février 2010




Je commence tout de suite en vous disant qu'il n'y a pas, dans cet album, aucune référence à notre Monsieur G (Il Signor G. c'est à dire Giorgio Gaber). Même si, Gaber aussi, en aurait apprécie le message, l'adaptation surréelle et la vaine de folie, si l'on peur parler de folie, qu'anime ce Monsieur G.

Mais il vaut mieux partir du principe!

Gustavo Roldan habite Barcelone, ce qui pourrait expliquer en partie le goût fleuri de quelques images de ce livre, mais il est né en Argentine, d'où le goût pour les espaces démesurés peut-être.

Son Monsieur G. habite dans un petit village au milieu du désert. Dans un désert où rien ne se passe, rien ne pousse, tout semble être irréparablement immobile. Tout y est sec et silencieux, un instant éternel, suspendu, comme dans les scènes désertiques d'un film western à la Sergio Leone. Dans ce désert, Monsieur G. vit poliment avec ses compatriotes, ils se donnent le bonjour chaque matin, ils se préoccupent réciproquement que tout se passe bien.


Jusqu'à ce que, un jour, Monsieur G. ait une drôle d'idée.

Mieux, une folle d'idée: planter une fleur dans le désert pour "poner un poco de música en este lugar"!*

Les sages voisins savent très bien que dans le désert il n'y a pas de fleurs, et que les fleurs ne sonnent pas: Monsieur G. doit être un peu loufoque. Que se passera-t-il avec le bulbe que M. G. a planté? Fleurira-t-il? Chantera-t-il? Je vous laisse découvrir la réponse vous-mêmes.

Derrière l'apparente gaieté, cet album, avec ses illustrations d'un côté un peu BD et caricaturale, avec ses traits légers et le fond blanc, cache un message très sérieux: l'initiative personnelle, quand elle vise à améliorer la condition humaine, a le pouvoir de changer même les situations apparemment les plus éteintes. N'y avait-il pas une précieuse fleur sur la lune désertique de Saint Exupéry? Alors peut-être, même si aux yeux de la plupart des gens nous ressemblons à des fous, nous pouvons tout de même essayer de planter une fleur qui chante dans le désert et, si jamais elle fleurit, qui serait-il alors le fou?

Rester les mains dans les mains n'aide pas à changer les choses, pourtant notre Monsieur G, avec son geste vraisemblablement désespéré, commence une petite révolution civile qui mènera son village à un changement inattendu et apprécie. A chacun son choix: êtes-vous fous ou sages?

Cet album, sous le titre "El Señor G.", a été originairement publié par la maison d'éditions A Buen Paso (c'est le même éditeur qui avait publié un autre chef d’œuvre: Papá Tatuado, publié en Italie par Orecchio Acerbo)




Copyright© texte et images de la maison d'édition Sarbacane 2010. Les images ont été reproduites avec la permission de l'éditeur.



* "porter un peu de musique dans cet endroit"

mardi 2 mars 2010

Trois noms et un éditeur!

Pour des raisons de manque de temps le post d'aujourd'hui sera très rapide, je ne pouvais pas en tout cas manquer de vous signaler un véritable chef d’œuvre: pour une fois il ne s'agit pas d'un livre mais d'un dvd.

Les trois noms sont: Gioacchino Rossini, Emanuele Luzzati et Giulio Gianini.
L'éditeur: Gallucci.
Le dvd, Omaggio a Rossini, contient: L'italiana in Algeri, Pulcinella et La Gazza Ladra.
Contenu: Le dvd et un livret où il y a une explication sur les animations, avec une préface de Federico Fellini et la conclusion de Gianini et Luzzati.


Comme je viens de vous dire la préface a été laissé à une lettre de Federico Fellini, où le directeur parle de son admiration pour "la fantasia figurativa, l'estro umoristico, il senso della fiaba e le geniali soluzioni grafiche"* caractérisant l’œuvre de Luzzati et Gianini.


Dans la conclusion, ce sont Gianini et Luzzati en personne qui nous expliquent les raisons qui les menèrent à créer ces merveilleuses animations sans mot que, si bien, laissent espace à la poétique enfantine, non plus à l'infantilisme notez bien!

Ces histoires animées, crées entre 1964 et 1973, sont partie fondamentale de l'histoire de la télévision italienne et non seulement: ce sont des documents très précieux et poétiques, accouchés par des véritables génies, qui ne devraient jamais être oubliés. Aujourd'hui, grâce à la maison d'édition Gallucci, les enfants modernes aussi auront la chance de s'amuser avec l'irrévérence ironique des personnages de Luzzati, ils seront enchantés par les couleurs brillantes, par les splendides animations de Gianini et par la musique de Rossini.

En bref: une opération, celle de Gallucci, de grande importance et de très haute qualité.

Pour plus de renseignements vous pouvez visiter le site de l'éditeur: http://www.galluccieditore.com/

Omaggio a Rossini: La gazza ladra-L'italiana in Algeri-Pulcinella. Avec un livre d'Emanuele Luzzati - Giulio Gianini, Gallucci Editore, décembre 2009.

*"la fantaisie figurative, le génie humoristique, le sens du conte et les géniales solutions graphiques"

samedi 20 février 2010

Vorrei Avere - Topipittori et Sarbacane!


Très probablement la créature la plus imparfaite que Dieu ait créé, c'est l'homme. Les animaux, eux, sont exactement comme ils devraient être.


Cet album illustré est un 'cantique' au monde animal, fait d'images et mots qui s'ensuivent dans treize tables admirablement illustrées, grâce auxquelles nous pouvons apprécier ce qui nous entoure d'un nouveau regard.

Ce sont les yeux des enfants qui observent les animaux, qui les admirent: les enfants voudraient en avoir les qualités, ils s'identifient dans leur agilité, dans la détente féline, dans la vue aiguë, dominant le monde.

Ce sont les voix des enfants qui jouent à se reconnaître dans les animaux, dans un échange d'identité qui ramène l'homme à son origine instinctuelle et lointaine. Car le lien que les enfants ont avec la nature est viscéral et immédiat. Il n'y a aucune nécessite d'explications particulièrement compliquées: la nature, avec ses mécanismes et ses cruautés, est parfaitement compréhensible et acceptée.

Et ainsi quelqu'un voudrait avoir:


"Le orecchie immense dell'elefante per intendere quel che dice il cielo" *




Ou:



"La voce della balena che canta e si sente a un oceano di distanza"**




Comme les éditeurs nous racontent, dans la présentation de ce livre, il s'agit de:

"Un libro in cui la bellezza non è mai nominata, ma in cui tutto lascia intendere che è ad essa che tende la voce che lo percorre.
Un libro-preghiera, per dire che se il pensiero è laico, la natura no.
Lei è sacra."***

Le texte de Giovanna Zoboli est souple, sec. Un langage essentiel, où il n'y a aucun espace pour d'inutiles fioritures, où chaque mot est mis en évidence dans toutes ses significations possibles. Les phrases sont brèves, elles résonnent dans la tête, tandis que les yeux se perdent dans les illustrations habillant les mots de détails et couleurs, mettant en relief leur pouvoir évocateur.

Simona Mulazzani donne toujours des visages intenses aux protagonistes de ses tables, toujours centrales, avec des fortes références à la peinture: je pense par exemple à l'image du tigre qui me rappelle aussi tant les tableaux du Douanier, Henri Rousseau, avec ses coups de pinceau plus denses et pâteuses et des touches plus légers qui n'en dédramatisent la force.

Retrouver, dans un nouvel album, un couple artistique aussi bien solide est un grand plaisir. Dans le passé ces deux artistes ont obtenu des reconnaissances importantes, comme le Prix Andersen en 2008, pour le Meilleur Livre dans la section 0-6 ans avec l'album titre "Al supermercato degli animali". D'autres livres bien connus de Giovanna Zoboli et Simona Mulazzani sont: "Filastrocca ventosa per bambini col fiato corto" et "Anselmo va a scuola", toujours chez la maison d'édition Topipittori.

Il y a aussi une nouvelle, que je trouve très intéressante: ce livre va sortir simultanément dans d'autres pays que l'Italie, cela démontre ce que je soutenais déjà ailleurs relativement à l'importance de la collaboration parmi maisons d'édition.

En particulier "Vorrei avere" sera publié, avec des couvertures différentes, aussi chez:

Éditions Sarbacane, en France
Peter Hammer Verlag, en Allemagne
Los cuatro azules, en Espagne
Moon Won, en Corée
et pour terminer au Mexico, pour les éditions Tecolote, même si avec quelques jours de retard par rapport aux autres pays.

Avant de vous laisser, j'aimerais vous demander: "Et vous, que voudrez-vous avoir?"

Si vous me posez cette question, je vous dirai que je souhaiterais avoir:



"Il colore della pantera di notte per confondersi nel buio."****



"Vorrei avere", textes de Giovanna Zoboli, illustrations de Simona Mulazzani, Ed. Topipittori, février 2010.


Un grand merci à Paolo Canton et Giovanna Zoboli pour m'avoir permis de publier les images dans ce post et pour l'aimable collaboration.



Copyright© texte et images Editeur Topipittori 2010. Les images ont été reproduites avec la permission de l'Editeur.



* "Les oreilles immenses de l'éléphant pour écouter ce que le ciel dit"

** "La voix de la baleine qui chante et qu'on entend à la distance d'un océan"

*** "Un livre où la beauté n'est jamais nommée, mais où tout laisse comprendre que c'est à elle que la voix le parcourant tends."
Un livre-prière, pour dire que si la pensée est laïque, la nature non.
Elle est sacrée."

**** "La couleur de la panthère la nuit pour me cacher dans le noir"

lundi 15 février 2010

L'Albero di Anna - Orecchio Acerbo Éditeur et Éditions du Rouergue

"Dans les villes de poussière et de bruit,
je suis celui qui le premier annonce la venue du printemps.
En avril éclosent mes bourgeons et d'un même élan surgissent
mes fleurs et mes feuilles.

Je suis un marronnier."


Déjà dans les premières lignes, cet album nous transporte dans une dimension 'autre'. Le monde nous apparaît différent lorsque observé parmi les branches d'un marronnier: les saisons s'alternent avec le changement de son feuillage, la vie passe avec un rythme presque suspendu car, celui qui parle, a eu une vie centenaire et le couler frénétique des jours ne le touche pas trop.

D'autre part ceci n'est par un marronnier quelconque, ce n'est pas que le narrateur de notre histoire c'est, en premier, un porteur de mémoires. Nous pouvons nous demander, justement, quelle sorte de mémoires pourrait-il avoir un arbre? Dans le passage lent de son existence, qu'est-ce qui a pu toucher autant un marronnier jusqu'à qu'il nous parle de ses souvenirs?
Eh bien, ce marronnier a vécu toute sa vie dans un jardin, au numéro 263 Canal de l'Empereur, à Amsterdam.

Si encore cette adresse ne vous suggère rien, alors écoutez encore sa voix:

"Moi, le marronnier dans le jardin de la maison 263, Canal de
 l'Empereur, j'ai donné à une jeune fille de treize ans, captive
comme un oiseau en cage, un peu d'espoir et de beauté."

Le tableau commence à être un peux plus clair mais il n'est pas encore bien défini, nous ne pouvons pas encore comprendre ce que, dans ses souvenirs, était aussi important pour qu'il le garde avec autant d'attention, pour tout ce temps.

Avec son rythme indéfini, le marronnier nous raconte que nous sommes en 1942: le monde est bouleversé par un "mal terrible", réglé par des lois injustes, les gens autrefois normales sont maintenant comme fous. Ceux qui sont soumis aux nouvelles, terribles, lois ne trouvent pas d'issue, ils cherchent une solution certains en échappant, d'autres en se cachant aux yeux du monde.


(image non disponible)


"C'est le lun 6 juillet 1942 qu'ils arrivent dans l'annexe
de la maison sur le Canal de l'Empereur.
....
Dans son cartable, elle [qui n'a pas encore de nom] a glissé un petit cahier cartonné
très précieux: son journal intime, reçu pour l'anniversaire
de ses treize ans..."

Avant de connaître le nom d' "elle" nous n'en connaîtrons les sentiments, les sensations, les humeurs changeants et contrastants, nous rencontrerons ses peines. Nous verrons notre marronnier, pour la première fois, à travers ses yeux de prisonnière rêvant la liberté, le ciel bleu, les mouettes qui volent dans l'espace immense. Nous lirons de son bouleversement en voyant, de la petite fenêtre de l'annexe, le monde devenir de plus en plus nu et sombre, en percevant la mort toujours plus dominante. Nous l'entendrons participer, dès son coin caché, aux douleurs du monde: car il ne suffit pas de portes fermées pour les empêcher d'envahir toute chose.

C'est encore une fois la voix d'Anne, Anne Frank, qui nous arrive par des chemins différents: cette fois ella a été filtrée par la sensibilité de deux artistes exceptionnels, tels que Irène Cohen-Janca et Maurizio Quarello. En changeant la perspective d'une histoire bien connue, ils nous la rendent encore plus riche, plus émouvante.

L'immobilité dont le marronnier est forcé est la même qu'emprisonne Anne: obligés de se regarder l'un l'autre, narrateur et protagoniste se dévoilent à nos yeux dans toute leur condition. Il n'y a aucune action qu'ils peuvent accomplir afin de changer leur état, le seul agir possible demeure dans le pouvoir du regard, dernier rempart de liberté.

L'arbre est malade, il va sans doute mourir, c'est la raison pour laquelle il décide de raconter ce dont il fut témoin. Anne est prisonnière, elle sera découverte et transportée dans une nouvelle et bien plus triste prison. Anne aussi va mourir, nous le savons déjà.

Et alors, pourquoi raconter cette histoire encore une fois? Qu'est qu'on nous dit de nouveau? Tout et rien: rien parce que nous connaissons déjà les vicissitudes d'Anne Frank, tout car les raisons mêmes de la vie humaine sont l'expérience, le témoignage et la mémoire.

Le petit greffon pris du marronnier au numéro 263 Canal de l'Empereur deviendra un nouvel arbre, mais pas un arbre quelconque: ce sera le marronnier de la mémoire.






(image non disponible)












"L'albero di Anna", texte d'Irène Cohen-Janca, illustrationis de Maurizio A.C. Quarello, traduction du francais de Paolo Cesari, Orecchio Acerbo Éditeur, 2010.

Publié en origine sous le titre: "Les arbres pleurent aussi", pour les Éditions du Rouergue, 2009.



Je voudrais que chaque enfant ait ce livre dans sa petite bilbiothèque: c'est un chef d'œuvre de poétique et d'images difficilement égalable. Les textes d'Irène Cohen-Janca nous transportent d'une tendresse infinie à travers l'histoire, sans jamais de fléchissements. Les illustrations de Maurizio Quarello la dévoilent avec vibrante sensibilité, confirmation de son talent incroyable et de sa versatilité.


Un remerciement spécial aux teams d'Orecchio Acerbo et du Rouergue pour m'avoir permis d'utiliser les images dans ce post et, encore une fois, à Orecchio Acerbo pour avoir publié en Italie un chef d'œuvre d'oltralpe.



Copyright© texte et images Éditions du Rouergue, 2009.  Orecchio Acerbo Éditeur 2010. Les images ont ete reproduites avec la permission de l'Éditeur.